Il s’agit très certainement de l’un des événements de cette fin d’année dans le monde de l’édition. La sortie d’un ouvrage qui fait déjà grand bruit. Un véritable cri d’alarme inquiet face aux transformations radicales et probablement irréversibles que l’Intelligence artificielle est sur le point d’entraîner en matière de connaissance, d’enseignement, de formation de manière générale. Un phénomène d’une ampleur sans précédent selon les auteurs, comparable à la maîtrise du feu et ses multiples usages il y a plusieurs centaines de milliers d’années, qui avait permis de bouleverser l’existence humaine par ses nombreuses implications. L’enseignement supérieur, en décalage avec son temps, n’est désormais plus adapté à ce monde en mutation et va devoir se réformer de fond en comble, sous peine de ne plus préparer au monde qui arrive. Comment, dès lors, s’y adapter ? De quelle manière faut-il repenser le système ? Des questions urgentes à explorer, selon Laurent Alexandre et Olivier Babeau, si on ne veut pas compromettre le futur, en particulier des jeunes générations. Dorénavant, montrent-ils, non seulement les savoirs vont changer de nature, mais il sera également nécessaire de changer la temporalité de la formation. Fini la scolarité posée comme un préalable, il sera essentiel de se former tout au long de la vie, et de manière radicalement différente. Un constat sans appel face à un monde en profonde mutation aux allures cauchemardesques tel qu’ils nous le décrivent de manière passionnante, et auquel nous devrons bien faire face. Par une sorte de renversement de l’histoire, ce sont les cols blancs qui risquent le plus de perdre leur travail. Du moins dans un premier temps. Car tout ce qui touche le savoir humain est en passe d’être concurrencé par la machine. Cependant, affirment résolument les auteurs, le travail en soi ne va pas disparaître. Il va muter. Comme à toutes les époques de transformations majeures auparavant. Simplement, les métiers vont changer. Si beaucoup vont disparaître, comme à chaque fois d’autres vont émerger. Et la prime sera donnée à ceux qui sont curieux, agiles, inventifs, créatifs, et dotés d’un bon esprit critique. Ce à quoi l’université va devoir préparer en se réinventant, sous peine de disparaître. D’où « les 14 commandements pour l’étudiant à l’ère de l’IA » qu’ils proposent à la fin de l’ouvrage, avant la longue conclusion en forme de « manifeste des nouveaux droits de l’étudiant », qui clôt l’essai et sonne en partie le glas du « savoir descendant », qui a vécu de merveilleux moments mais va devoir se transformer. De même, le diplôme ne sera plus l’alpha et l’oméga de la réussite à vie, mais devra être remplacé par de nouvelles formes d’apprentissage, un autre rapport au savoir, dont les règles essentielles doivent être définies sans attendre, à travers un nouveau contrat social républicain et civilisationnel, mettant un terme à la fabrication d’élèves en série, de sorte que l’apprentissage « soit synonyme d’émancipation et non d’aliénation » et s’adapte au rythme de chacun, tout en étant doté de solides garde-fous, l’apprentissage devant s’adapter aux trajectoires personnelles pour ne plus être « une performance de conformité ».