Évitons les dithyrambes convenus et sans nuance, et tâchons de donner quelques détails utiles... D'abord, que trouve-t-on dans ce coffret de 10 CD ? Sur le plan éditorial, cette collection bon marché se contente du minimum : pas de livret, donc pas de commentaires, et seulement les titres des œuvres et numéros de plages au dos de chaque pochette cartonnée. En ce qui concerne les œuvres, vous trouverez principalement dans ce coffret les 2 concertos, les sonates 2 et 3, les Nocturnes, les Préludes, les Polonaises les plus célèbres, un large choix de Mazurkas, les Ballades, les Scherzos, un large choix de Valses, des Impromptus, Barcarolle, Berceuse etc, et malheureusement pas les Études... Pour ce qui est du son : les enregistrements datent des années 60 et sont globalement de belle qualité, mats comme on les aimait à l'époque, sans effet exagéré d'acoustique de salle, ce qui, personnellement, me plaît bien, et tend à souligner la précision du jeu... Une réserve tout de même : hélas, le CD 9 regroupe lui des enregistrements de 1946, qui sont évidemment beaucoup moins bons. C'est d'autant plus dommage qu'il s'agit des 24 Préludes... Les interprétations sont toujours impeccables de raffinement, de beauté sonore, de parfaite maîtrise, mais Rubinstein privilégie le charme, la joliesse, les effets séduisants, dans une approche certes très agréable, mais faisant ressortir le côté "salon" de cette musique plus que sa force tragique ou sa profondeur. C'est toujours très élégant, très poli, d'un ton parfait, mais d'une inspiration parfois superficielle, ne reculant jamais devant un effet de perlé, de délicatesse appuyée. Bref, c'est un jeu plutôt extraverti, qui vise la séduction immédiate. Cela convient bien à certaines œuvres, comme les concertos, ou les pièces héroïques comme les Polonaises, à mon sens les pièces les plus réussies de ce coffret, et aux Mazurkas, que Rubinstein cisèle finement, avec une élégance qui leur va bien... En revanche, les Nocturnes et les Valses sont affadies par la joliesse et manquent de profondeur. C'est encore plus évident dans les sonates, qui manquent de force et de puissance tragique. Bilan : Rubinstein ne réussit jamais à être triste, ce qui peut être une grande qualité, et on peut aimer ça pour cette musique, mais tellement de musiciens (Argerich, François, Arrau, Perlemuter etc) ont montré la force, la richesse, la passion, la profondeur de Chopin, qu'on peut aussi trouver Rubinstein un peu superficiel... Donc, comme version supplémentaire, et pour le charme, il y a de quoi se faire plaisir, mais pour découvrir Chopin, il y a mieux...